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GIFT OF HORACE W. CARPENTIER

IOQMAN BERBÈIi.

QUATRE GLOSSAIRES

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LOQMN BERBÈRE

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR :

Prières des musulmans chinois, trad. mr lorigiuai arsbe et persan

imprimi* à Gaoton. Paris, H. Leroux, 1878, în-8. Poème de Gabi en dialecte oixelh'a, texte, transcription et traduction

française. Paris, Imp. nationale, i870, in-8. La poésie arabe antèislamique. Paris, E. Leroux, 1880, in-t8.' Un voyage en Tunisie {Bulletin de la Société de géographie de l'Est, 1 8 SX) . Etudes sur l'histoire d'Ethiopie. Paris, E. Leroux, 1882. in-8. Relation de Sidi Brahim de Massât, traduite sur le texte chelh'a et

annotée. Paris, E. Leroni, 1883, in-8. Les manuscrits arabes de deux bibliothè<iues de Fas. Alger, 1883,

gr. in-8. Notes de lexicographie berbère, première partie (vocabulaires du Hif,

de Ujerba, de Ghat et des Kel Ouï). Paris, E. Leroux. 1883, în-8. Mission scientifique en Algérie et au Maroc {Bulletin de la Société

de géographie de CEU, 188:i-85) Documents géographiques traduits de l'arabe sur l'Afrique sep- tentrionale (Bulletin de la Société de géographie de VEst, 1883-88). Contes arabes : Histoire des Dix Vixirs (Bakhtrar-Nameh). Paris.

K. Leroux, 1883, in-18. Les manuscrits arabes du bach-a^ha de Djelfa. Alger, 1884, gr. in-8. Vie d'AbbA Tohanni, texte éthiopien, trad. française et introduction.

Alger, 1885, gr. in-8. Notes de lexicographie berbère, deuxième partie (dialecte des Béni

Menacer). Paris, E. Leroux, 1885, in-8. Notes de lexicographie berbère, troisième partie (Dialecte des K'çour

du Sud Oranais et de Figuie). Paris. E. Leroux, 1886, in-8. Les manuscrits arabes des bibliothèques des zaouias de 'Ain-

Madhl et Temacin, deOuargla et de Ad)adja. Alger, 1886, gr. in-K. Mélanges d'histoire et de littérature orientales. I, Une élôgie

amoureuse dlbn Baïd en-Nas. Louvain, 1886, in-8. Une semaine dans le Sahara oranais {Bulletin de la Société de

géographie de FEat, 1886). Notice sur le Maaseph Assetat du P. Antonio Fernandez, trad. du

portugais do M. F. M. Kstcves Pereira. Alger, 1886, gr. ln-8. Manuel de langue kabyle (dialecte zouaoua, grammaire, bibliographie.

dires tomathie et lexique). Pans, 1887, in-8. Recueil de textes et de documents relatifs A la philologie berbère,

Alger, 1887. gr. in-8. Notes de lexiooaraphie berbère Quatrième partie (dialecte du Touat,

du Gourara, des Touaregs Aouelimmiden et argot du Mzab). Paris, E. Leroux,

1888, in-8. Contes populaires berbères. Premi«*re série. Paris, E. Lchmix. 1887, in 18, Mélanges d'histoire et de littérature orientales. II, Essai sar

l'histoire et la langue des peuples de Songhaî, Melli et de Ton.-

bouktou. Louvain, 1888, in-6. Rapport sur une mission scientifique en Sénégambie (Jowntil

Axiat, 1888). Deux lettres éthlopiezmes du XVIo siècle, trdd. du portugais de M. F. M. Esteves Pereira, Rome. 1889, in-8.

EN COLLABORATION AVEC M. IIOUDAS :

Mission scientifique en Tunisie, I. Epigraphie tunisienne. Alger. 1883^

fr. in-8, avec carte et planches. II. Bibliographie, les manuscrits arabes de unis, et de Qaironan. Alger, 1884, gr. in-8.

EN PRÉPARATION :

La zénatia du Mzab, de Ouargla et de l'O. Righ.

La relation d'Andréa Gorsale.

Contes berbères, deuxième série.

L'établissement des Turks à Alger, trad. du turk de Uadji KhaKa.

ANGERS, IMPRIMERIK ORIENTALK DE A. DURDIN ET C>«, 4, RUE GARNIKR.

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AVEC QUATRE GLOSSAIRES

ET

UNE ÉTUDE SUR LA LÉGENDE DE LOQMÂN

PAR ^

René BASSET ^\\

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PROFESSEUR A l'£COLB SI'PÉIUEURE DES LETTRES d'aLGEH,

3IE3IBRB DES S0CI^:TKS ASIATIQUES DE PARIS, LEIPZIG ET FLORENCE,

DE LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE DE PARIS, ETC.

PARIS ERNEST LEROUX, ÉDITEUR

28, RUE BONAPARTE, 28

1890

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MONSIEUR C. BARBIER DE MEYNARD

MEMBRE DE L'iNSTITUT

PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE ET A L*ÉCOLE

DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES

H y a dix aiis, en 1879, je publiais, grâce à vous, dans le Journal Asiatique, mon premier travail sur le berbère : le Poème de Çabi. Depuis ce lie époque, y ai trouvé chez vous le concours le plus bienveillant et le plus constant : appuyant mes demandes de mission, exposant les résultats à ^Académie des lascriptions et ouvrant à mes travaux le Journal Asiatique, vous avez attiré t attention du monde savant sur la population qui occupe plus d'un tiers de l'Afrique septentrionale. Permettez-moi donc de m* acquitter d'un devoir de reconnaissance en vous dédiant ce livre j'ai rassemblé des textes recueillis en Algérie, en Tunisie, au Maroc, au Sénégal et dans le Sahara, au cours de ces missions que vous avez, plus que personne, encouragées et favorisées, et veuillez agréer, mon cher maître, l'hommage des sentiments les plus reconnaissants et les plus dévoués de votre ancien élève.

René basset.

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PRÉFACE

En donnant les fables de Loqmân traduites, entiè- rement ou partiellement^ dans les dialectes parlés par vingt-trois populations [berbères, mon but a été de fournir les textes qui ont manqué jusqu'ici à rétude comparée de ces dialectes dont quelques-uns même étaient complètement inconnus. Le choix des fables de Loqmân se recommandait par la né- cessité de présenter les mêmes récits , simples et faciles, traités diversement au point de vue de la langue et, par même, montrant plus aisément les différences phonétiques et lexicologiques, ^après lesquelles on pourra établir un classement défini- tif, en appliquant la loi du Lautverschiebung découverte par Grimm.

Il était nécessaire d'accompagner ces textes de glossaires, aucun dictionnaire berbère - français n'existant encore maintenant, fai continué, après en avoir reconnu les avantages, le système de classe- ment employé dans le Lexique de ma Ghrestoma- Ihie, mais il m'a semblé utile d'aborder, pour la traduction des mots, le procédé rationnel et régulier du groupement par rachies, autant que ces dernières

VIII PRÉFACE

peuvent être constituées. On a objecté à ce sys- tème, que Jamais les groupes de co?isonnes ainsi obtenues n'ont eu d'existence par eux-mêmes. La chose est vraie, mais les naturalistes, par exemple, font reposer la classification des animaux vertébrés ou invertébrés^ sur les différences du squelette, abstraction faite du cœur, du poumon, etc., sans prétendre qu'en l'absence de ces organes essentiels, il ait Jamais existé d'animaux articulés. De même pour les racines qui, en philologie, peuvent être con- sidérées comme les squelettes des mots. J'ai aussi, pour la facilité des recherches et du classement, conserver les thèmes pronominaux bien qu'wne théorie, aujourd'hui en faveur, à laquelle d'ail- leurs Je ne contredis pas, les tienne pour d'anciens substantifs. Mais, comme aujourd'hui Userait diffi- cile de découvrir de quels thèmes nominaux dérivent les pronoms des diverses personnes en berbère, et que, d'un autre côté, on ne peut, dans le doute, les laisser en dehors dun glossairCy il a fallu m'en tenir à l'opinion qui avait cours encore il y a peu de temps et les traiter comme de véritables racines. Un des appendices qui précèdent la version des fables contient une vie de Loqmân d'après un manus- crit de la Bibliothèque de Berlin. J'en ai donné le texte d après un fac-similé que Je dois à l'obligeance de M. le docteur L. Abel : on y trouve des détails qui matiquent dans les récits populaires sur le person-

PRÉFACE IX

liage adite. Dans r étude sur la léyende de Loqmân je nie suis efforcé de rassembler les renseignements que les Arabes nous ont transmis sur lui, (Ten montrer les invraisemblances et les contradictions et de les ramener à ce qu'ils sont réellemetit, de véritables contes populaires. J'ai tâché également d'être aussi complet que possible dans les rappro- chements des fables de Loqmân avec leurs simi- laires dans les diverses littératures. Toutes les ques- tions n'ont pas été résolues, tous les documents n'ont du être consultés, mais je me contenterai de rappe-- 1er le proverbe arabe : y^\ j^l ^^\ j^l

Lunéville (Meurthe-et-Moselle), 15 octobre 1889.

INTRODUCTION

LA LÉGENDE DE LOaMAN

En examinant avec attention les récits que les Arabes nous ont transmis sur Loqmân, il est aisé de reconnaître qu'ils s'appliquent à divers personnages^ les uns imagi- naires, les autres d*existence au moins douteuse. Les écrivains musulmans eux-mêmes les distinguèrent par- fois entre eux, mais le plus souvent la confusion se maintint. Des légendes étrangères, peut-être orientales d'origine, mais certainement empruntées à la Grèce, s'ajoutèrent à des traditions sémitiques, remontant à la plus ancienne période dont les Arabes eussent conservé le souvenir, et ainsi se forma un corps de récits, incarné dans le personnage connu sous le nom de Loqmân. Le travail qui suit a pour but de retrouver quels êtres réels ou imaginaires sont confondus sous ce seul nom.

I

La légende du plus ancien Loqmân se rattache à la catastrophe qui, d'après les musulmans, aurait anéanti le peuple des premiers Adites, dans l'Arabie Heureuse. On n'est pas d'accord sur les ancêtres de ce personnage.

XU INTRODUCTION

Les uns le nomment Loqmàn ben *Ad le jeune* ou sim- plement Loqmàn ben *Ad. Cette dernière appellation s'applique surtout à celui des Loqmâns dont Texistence est la moins douteuse. Chez d'autres il est désigné sous le nom de Loqmàn ben *Ad (le jeune) ben *Adyà ben S'adà ben *Ad *, ou de Loqmàn ben *Ad ben El-Kibr, et on lui attribue la construction de la fameuse digue de Mareb '. Le texte anonyme que je publie plus loin Tap-

1. Ed-Demiri, H'aïat el-M'atouân, ^ vAn-if Boulaq, 1292 hég., t. II, p. 183.

2. Ibn Khaldoun, Kitâb el-Iber, 6 y. iu-S, Boulaq, 1284 hég., t. II, p. 20.

3. Ma6*oudi, Prairies d'or^ tr. Barbier de Meynard et Pavet de Gonrteille, t. III, Paris, 1864, in-8; ch. un, p. 375; El-Haina- dàni, dans le Kitâb el-Iklil ap. D. H. MOller, Die Burgen und Schiôsser Sûd-Arabiens, fasc. ii, Vieuue, 1881, iu-8, p. 86. Le même auteur rapporte aussi roplnion d'après laquelle cette digue aurait été construite par les Himyarites et El-Â2d ibn EU Ghaouth, de la descendance de Kahlàn. M. D. H. Mtiiler (op. laud,, p. 13) croit avoir retrouvé le nom du constructeur dans l'inscription himyarite suivante : Yata*amar Bayin, fils de Samah'all-Yanouf, prince de Saba, a fait percer le Balaq et (construire) la digue de Rabab pour faciliter l'arrosement. (Arnaud, Pièces relatives aux inscriptions himyariques, Paris, 1843, in-8 ; Halévy, Études sabéennes, Paris, 1875, in-8, 66, p. 213-214.) De nos jours il reste encore des traces de cette cons- truction monumentale : « Le Sidd (la digue) est éloigné d'environ deux jours à l'ouest de Mareb ; il est placé à l'entrée de la vallée rétrécie par les monts Balaq, qui atteignent une bauteur absolue de 1,200 pieds environ. Les restes de cette digue font voir que c'était un grand bassin destiné à recevoir l'eau du torrent pendant la saison des pluies. En été, on faisait écouler l'eau du réservoir par des écluses que Ton pouvait ouvrir et fermer ù volouté, dans des caQaqi^ massivement bâtis pour arroser des

INTRODUCTION Xlll

pelle Loqmàn ben *Ad ben El-Malt'ât' ben Sekak, et rap- porte l'opinion de Ouahb ben Monabbih, d'après laquelle il aurait été surnommé H'imyar er-Raïch, par confusion entre les Adites et les Himyarites.

L'opinion générale est qu'il était frère de Cheddâd ben 'Ad *, célèbre dans les légendes arabes et mandéennes par son impiété, sa puissance et ses richesses. Le pro- phète Houd ben 'Abir ben Chalekh ben Arfakhchad' ayant été envoyé par Dieu aux Adites pour les ramener à la vraie religion, ils se montrèrent rebelles à ses pré- dications, à Texception de Loqmân et d'un petit nombre des siens. Leur incrédulité fut punie par une sécheresse qui dura trois ans. Le roi Ël-Kholdjân, qui régnait alors^

champs voisios. 11 reste eucore uue partie du bassiu et deâ écluses. La construction est très solide et d'une parfaite symétrie. Le bâtiment qui s'est conservé presque intact sur le dos de la montagne à gauche, présente un travail Uni et peut se comparer avec les meilleures constructions des peuples modernes, mais il s'en faut de beaucoup qu'il ait le caractère extraordinaire que lui attribuent les récits exagérés des Arabes. » (Halévy, Rapport sur une mission archéologique dans le Yémen^ Paris, 1872, in-8, p. 52.) Cf. sur la digue de Mareb, outre les histoires générales de Uelske-WUstenfeld et de Caussin de Per- ceval, Arnaud, op. laud. et Joum, asiatique^ Vllo série, t. 111, 4874; Reiske, De Arabum epochd vetustissimâ Sail ol-Arem, Leipzig, 1748, in-4; Schultens, Historia Joctanidarum^ Harde- rovici-Gelrorum, 1786, in-4 ; De Sacy, Mémoires sur les anti- quités de la Perse et l'histoire des Arabes avant Mahomet, Paris, ». rf., in-4.

1. Abou'l-FaradJ ap. Pockoke, Spécimen histoinx Arabum, Oxford, 1650, in-4, p. 58. £i-Djannabi place après Cheddàd, Morthed (Marthad) surnommé Dzou 'Aoud qui aurait régné six cents ans d'après El-Firouzabadi, puis *Amr ben Morthed.

XIV INTRODUCTION

envoya à la Mekke une députation d'Adiles pour deman- der de la pluie au dieu de la Ka^aba. L'ambassade se composait de Loqmân, No*aïm ben Hazal ben Uozaïl ben 'Abîl ben S'adâ ben ^Ad, Ibn 'Anz, H'alqama ben El-Khasra et Marthad ben Sa'ad ben ^Anz : celui-ci avait été secrètement converti par Houd ^ Ils s'arrê- tèrent en chemin chez un 'Amaliqa, Moa^ouyah ben Bekr, dont la sœur, Hozeïlah, avait épousé Noa^ïm ben Hazal et lui avait donné trois fils : Obeîd, *Amr et *Amir*. Il les reçut avec la plus grande courtoisie et ils demeurèrent chez lui pendant un mois, ne s'occupant que de boire et se divertir. A la fin, leur hôte, sachant dans quelle détresse se trouvait le peuple de ^Ad, pen- dant que les envoyés semblaient avoir oublié le but de leur mission, s'adressa à deux chanteuses qu^il possédait et qu'on nommait les deux cigales (ou sauterelles) de

1. Tabari ; Ibn Khaldoun, op. laud. Ed-Demiri, ITaxat el- Waïouân^ t. II, p. 384, nomme Qaïl ben *Âtar comme le chef de l'ambassade : ce dernier nom est himyarite : Qaîl, en cette langue, signifie roi, et au lieu de *Atar (JU) on doit lire *Athtar (JUp). une des principales divinités himyarites, correspondant à richtar assyrienne et à FÂchtoreth (Astarté) phénicienne. Mir- khond, dans le Raouzet us-sefa, dit que l'ambassade se com- posait de Qaîl, Loqmàn, Laqim, Marthad, Djehmed ben Khaïbar et soixante-dix autres principaux personnages (Cf. Rosen, Mesnewi oder Doppelverse des Scheich Mewiana Dschelal ed-Din Rumi^ Leipzig, 1849, in-8, Append., p. 207). Suivant Ibn Ish'aq, ces envoyés étaient Qaïl, Loqmàn, Marthad,Djolhomah, et Loqalm ; chacun d'eux avait amené sa famille, en sorte qu'ils étaient soixante-dix personnes.

2. Quatre fils, d'après Ibn Ish'aq qui ajoute 'Omaïr: c'est d'eux que seraient descendus les seconds Adites.

INTRODUCTION XV

^\d '. Elles lui donnèrent le conseil suivant : « Récite une poésie dont ils ne connaissent pas l'auteur, peut-être cela les réveil lera-t-il. Il composa un poème se trouvaient les vers suivants, que les deux musiciennes chantèrent aux Adites :

c allons, Qaîl, allons, lève-toi, adresse-toi au ciel à voix basse ; peut-être Dieu nous enverra-t-il des nuages charçés de pluie ;

« Peut-être arrosera-t-il la terre de *Ad; hélas, depuis quelque temps, les Adites ne savent plus faire entendre une voix dislincle.

Les bêtes fauves viennent visiter le pays des Adites ; elles ne craignent plus les flèches que leur décochent leurs archers.

« Car une soif terrible les dévore : tous ont perdu l'espoir de prolonger leur existence, les vieillards char- gés d'années comme les jeunes gens.

« Quant à vous, vous êtes ici au comble de vos désirs : ainsi s'écoulent dans leur entier et vos jours et vos nuits.

« Honte à vos envoyés ! Jamais il n'en vint de pareils de quelque pays que ce soit : aussi ils ne rencontreront ni les bénédictions ni le salut. i>

En entendant ces reproches, ils se dirent les uns aux autres : Notre peuple nous a envoyés demander des secours contre le malheur qui l'a frappé et vous le faites attendre : entrez dans le temple et demandez de

i. Deux autres chanteuses, appartenant à ^Abdallah ben Dja- d'àn, portèrent aussi avant Hslam, le surnom des deux cigales de *Ad. Cf. El-Is'fahani, KHâb el-Aghdni, Boulaq, 1285 hég., 20 V. iu-8, t. VIÏI.p. 2.

XVI INTRODUCTION

la pluie pour voire nation. » Maiihad ben Sa'ad, qui croyait à Houd, leur dit : « Par Dieu, ce n'est pas par des demandes que vous obtiendrez de l'eau, mais si vous obéissez à votre prophète et si vous revenez à votre Sei- gneur, vous aurez de la pluie. » Et il récita à cette occasion une pièce de vers, dont Mas*oudi nous a con- servé les suivants :

<t Les Adiles ont été rebelles à leur envoyé et ils ont été dévorés d'une soif ardente que les nuées du ciel ne sont pas venues rafraîchir.

<( Que Dieu confonde les songes des Adites I car leurs songes sont comme un vaste désert aride et dénué de tout. »

Les autres envoyés (moins Loqniân) dirent à Mo'aouyah ben Bekr : a Enferme loin de nous Marthad ben Sa Ma : qu'il ne vienne pas avec nous à la Mekke, car il a em- brassé la religion de Houd et abandonné la nôtre *, » Puis ils partirent pour la Mekke demander de la pluie pour leur peuple '. Quand ils se furent éloignés, Mar- thad sortit de chez Mo*aouyah et les rejoignit avant qu'ils n'eussent invoqué le maître de la Ka*aba. Il pria en même temps qu'eux et dit : « Mon Dieu, accorde-moi ma demande à moi seul, et ne m'associe en rien aux demandes de ceux-ci. » De leur côté, les envoyés s'écrièrent : « Mon Dieu, accorde à Qaïl sa demande et

1 . D'après Tabari et Mas'oudi, ils adoraient trois idoles : Sa*dà, S'amoud et El-Habà. On remarquera que le nom de la pre- mière se retrouve dans la généalogie de No*aîm et de Loqmàn.

2. Ibu Khaldoun rapporte que MarthaJ ben Sa'ad et Loqmàn demeurèrent en arrière.

INTRODUCTION XVII

associe les nôtres à la sienne. » Enfin, le chef de l'ambassade dit à son tour : «: Seigneur, si Houd a dit vrai, donne- nous de Teau, car la sécheresse nous fait périr. » Après cette prière, trois nuages apparurent * : un blanc, un rouge et un noir, et Ton entendit une \oix qui disait : « 0 Qaïl, choisis l'un d'enire eux. j> Le chef de l'ambassade se dit : «[ Le nuage noir donne de Teau blanche, aucune couleur ne l'emporte sur le noir, les deux autres nuages ne contiennent que peu d'eau, » et il se décida pour le troisième. La même voix se fit entendre de nouveau : « Tu as choisi une cendre dévas- tatrice : il sera tiré vengeance de vos pères et de vos enfants; aucun de vous n'échappera. » La nuée se dirigea vers le pays des Adiles : à sa vue, le peuple se dit : « Voici un nuage qui nous donnera de la pluie », et les gens se félicitèrent. Mais Houd leur répliqua : « Non, mais ce que vous appelez avec empressement est un vent qui renferme un châtiment terrible *. j La tempête arriva par un vallon nommé El-Moghith\ Au milieu de la joie du peuple, une femme nommée Mahd s'aperçut qu'il apportait la ruine et la destruction. Elle

1. Ibn Wadhih El-Ya*qoubi, un des plus aacieus historiens arabes, ne mentionne que deux nuages : un blanc et un noir (Ibn Wadhih qui dicitur Al-Ya*qoubi, Historia^ éd. Houtsma, Leyde, 1883, in-8, p. 19). Mas'oudi rapporte simplement que Dinu envoya un veut dévastateur qui détruisit les Âdites. (Prairies d'or, t. m, p. 298.) Le choix donné à Qaïl est probablement une invention d'origine postérieure.

2. Qorân, sour. xlvi, v. 23.

3. Yaqout, Mo'djem el-boldân, éd. WUstenfeld, Leipzig, 1869, 6 vol. lu-8, t. IV, p. 585.

XVin INTRODUCTION

poussa un grand cri et s'évanouit. Dès qu'elle fut re- venue à elle, on Tinterrogea : « J'ai vu, répondit-elle, un ouragan qui semblait contenir des flammes, et que conduisaient des hommes. » La tempête, qui com- mença un mercredi*, dura sept nuits et sept jours. Elle bouleversa le pays, retournant les maisons de fond en comble, enlevant les infidèles, les tenant suspendus entre ciel et terre, les jetant ensuite avec violence sur le sol, si bien qu'il n'échappa que ceux qui avaient cru à Houd ". Telle fut, suivant les traditions musulmanes, la catas- trophe qui anéantit les Adites ; mais il esl à peine be- soin de faire observer que tout ce qui précède n'est qu'une suite de légendes sans fondement assuré. Tout au plus peut-on admettre que le souvenir d'une catastrophe, qui frappa une ancienne population, sans la détruire entiè- rement', subsista plus ou moins dans la mémoire des Arabes *. Moh'ammed s'empara de cette tradition, qui

i. Mas*oudi, Prairies d*or, t. III, p. 298.

2. Ibn KhaldouD, op. laud. ; Mas'oudi, op. laud. ; Ed-Demiri, H'aïat el-Waïouân, t. II, p. 383-384 ; Ibn Badroun, Commentaire du poème d'Ib?i \ibdoun, éd. Dozy, Leyde, 1846, in-8, p. 61-64 : Tabari, Annales^ éd. de Leyde, 1. 1, loc. laud. ; Mirkhond, Raouzet us-sefa ap. Roseu, Mesnewi.

3. Ptolémée mentionue parmi les peuples de l'Arabie heureuse (L. VI, ch. VII, § 21) les BaôcToci Sprenger a reconnu les OadcTixi (Adites) de la tradition. {Die alte Géographie Arabiens^ Berne, 1875, in-8, § 327.)

4. Le poète auté- islamique Zohaïr ben Abi Selma cite le nom de *Ad dans un vers où, suivant les commentateurs, il le confond avec Thamoud (Mo^allaqah, v. 32), en parlant des malheurs causés par le « rouge de *Ad » ^j^. On a vu dans ce nom uni» altération de Qodar el-Ah'mar (le Chodor-

INTRODUCTION ^^'^

avait sans doute déjà cours de son temps chez les juifs et les chréUens, et en ût un exemple destmé à combattre l'incrédulité de ses contemporains. En laissant de côté toutes les autres invraisemblances du récit il est aisé de voir que l'ambassade au temple de la Mekke est une invention mekkoise, F^t-^fe antérieure à Moh ammed, ayant pour but de montrer la Ka'aba glorifiée dès les temps \L plus anciens. Il parait donc peu sûr de prendre cette mission pour base d'un calcul chronologique, comme l'a fait, avec réserve d'ailleurs, Caussin de Perceval . Revenons à Loqmân, qui jusqu'ici a joué un rôle secondaire. 11 était resté à la Mekke avec Marthad. En récompense de sa piété, il obtint de Dieu une longue vie, et eut à choisir : bu bien vivre autant que sept antilopes brunes', ou sept fientes de gazelle dans un endroit place à l'abri de la pluie', ou enfin que sept vautoursS^ui

lahomor = Qedar Lagamcr, de la Bible) qui causa 1=^ P^^t^ J»^^ Tliamoudites en tuant la chamelle miraculeuse suscitée par c prophète S'alih'. Mais peuWtre pourrait-oa entendre par celle expression le nuage chargé de flammes qui détruisit Ad.

1. Essai sur l'histoire des Arabes avant ttslamtsme, Pans, 18«, 3 vol. in-8, t. 1, p. n. ., . ., ,

2. Ed-Demiri, H'aïal el-lVaïouan, 11, p. 384 ; Ibn QoUubah. Kildb el-me'arif, éd. WUstenfeld, GôtUngen, 1850, m-8, p. 27; Vie de Loqmân, ms. de Berlin, ^ 94. » o «

3. Meïdani ap. Freytag, Arabum proverbia, Bonn, i838, i v. in-s, t II, p. 25 à rarticle : jJ J* J.'i» Jli» ; Djaouhari ap. de Sacy, ChrestomalMe arabe, Paris, 1821, 3 vol. in-8, t. II, p. 432.

4. Dan» les légendes arabes, le vautour passe pour atteindre à un âge très avancé, cf. Mas'oudi, Prairies d'or, ch. tm, t. 111, p 375- Qazouini. 'Adjdib el-makhlouqiU, éd. WUstenfeld, Gôttingen, 1849, in-8, p. 424; Ed-Demiri, H-àial el-H'aiouàr,, i. U, p. 282: El-Ibchihi, Moslal'ref, Boulaq, 1292 hég.. 2 v. m-4,

XX INTRODUCTION

vécurent chacun quatre-vingts ans*, suivant d'autres,

t. II, p, 152 : Abou Bekr As'iin ben Ayoub el-Bat'alyousi, Commen- taire de Nabighah Dzobyâni (Khamsah Daouaouin^ éd. de'Doulaq, 1293 h.,in-8. p. il). Une tradition attribuée à H'asan ben *AU pré- tend que son cri signifie : « Homme, vis tant que tu voudras, la mort te rencontrera toujours. » D*un autre côté sa femelle est

appelée 0mm Qach*am ( a^ >I ) qui désigne pareillement la mort, la guerre, le malheur etHe monde, et aussi rhyène,rarajgnéc'etla lionne (Ed-Demiri,i7*aifafe/-/ral'0Man, t. H, p. 293). Peut-être y a-t-il, à propos delà légende qui nous occupe, autre chose qu^un simple

hasard dans le rapprochement entre le nom de la mort ( >^ |»1, mère du vautour) et le vautour lui-môme. Cette expression est d*aiUeurs assez ancienne ; on la rencontre dans la Mo^allaqah de Zohaïr, v. 37 : « Il s'est précipité sans donner l'alarme aux nombreuses

tentes, alors que la mère des vautours (la mort, «.1^ >! ) elle- même avait fait halte. » '

Le commentaire de Zaouzéni (éd. de Boulaq, 1292 hég. in-4, p. 69) explique 0mm Qach*am comme un surnom de la

mort, 4^1 4jr ^4j ^I^ ; Arnold {Septem Mo^allakât^ Leipzig,

in-4, p, A T), adopte la même explication. Le commentaire de Tcbrlzi (ms. de la Bibliothèque d'Alger, 18, 92) l'inter- prète aussi par la mort ou la guerre. De même celui d'Abou'I- H'adjadj Yousouf ech-Chanlamari ap.Laudberg, PrimcMrsaraôe*, fasc. II, Leyde, 1889, p. 87. Dans la Mo'alfaqah de 'Antarah, V. 75, on rencontre A^ comme qualificatif du vautour: « S'ils agissent ainsi (c'est tout naturel), car j'ai laissé leur père en pâture aux bêtes féroces et aux vautours à la longue vie ( >^ js^ ). Ici ^ est expliqué par j^«JJI ^ ^^1 (Arnold, Septem Mo^ailagâty p. N'W ; Ez-Zaouzéni, éd. de

Boulaq, p. 127) ou par jj^ \^ Jh^* (commentaire de Tebrizi). 1. Ed-Demiri, Haïat cl-Wàionàn, t. II, p. 384; Abou'1-féda,

INTRODUCTION XXÏ

cent ans*, ou même cinq cents ans*. Lorsque l'un d'eux mourait, Loqmân en prenait un autre au sortir de l'œuf et rélevait. Le dernier se nommait Lobad, et une tradi- tion postérieure supposa bientôt qu'il avait vécu à lui seul autant que les autres ensemble. Son nom était passé en proverbe chez les Arabes '. On rapporte que lorsque six des vautours furent morts, le neveu de Loqmân lui dit : c Mon oncle, la durée de ta, vie n'est plus que celle de cet oiseau. » « Oui, mais c'est Lobad*. Quand le terme de sa vie fut arrivé, Loqmân voyant Lobad affaibli, essaya de le soulever pour qu'il pût voler avec ses compagnons, mais le vieux vautour put à peine agiter ses ailes et il expira aussitôt, en même temps que son maître*.

« Toute la sagesse de Loqmân fut impuissante à le protéger contre la mort '. »

Les traditions rapportent qu'après l'extermination des premiers Adites, il régna sur ceux qui avaient échappé à la catastrophe. C'est alors qu'il aurait construit la digue de Mareb et institué la peine de la lapidation contre les adultères, et de la mutilation contre les voleurs. Dans

nUloria anteislamica, éd. Fleischer, Leipzifç, 1831, in-4, p. 20.

1. El-BaValyousi, Commentaire de Nabighah, p. 17.

2. Freytag, Arahum proverbia, t. II, p. 25, 126 : ^ ^1 ; Vie de Loqmân^ 95.

3. Freytag, Arabum proverbia^ t. II, p. 87: jj r^ jf\ ; t. III, p. 2 : jj J^ a,ïl Jl ; p. 361 : JuJ ^ ^1. Remarquez le rapport

entre Lobad et a.!,, éternit(^.

4. FreytajEf, Aràbiim proverbia^ t. II, p. 2.5.

5. Ed-Demiri, ïTaïat el-ITaïouan, t. II, p. 384 ; Freytag, Arabum proverbia^ t. Il, p. 2.'>.

6. Lebid, Divan, éd. Al-Khalidi, Vienne, 1880, in-8, p. 81, v. 1.

XXII INTIIODUCTION

]a Vie de Loqmàn, qu'on trouvera à l'appendice, on ra- conte qu'il aurait conduit hors du Yémen les Benou Kerker, tribu adite en lutte avec tous ses voisins, et qui d'ailleurs manifesta son ingratitude envers lui en aidant El-Homaisa*, fils d'Es-Samaïda% à séduire Souda, femme de Loqmân, qui leur avait donné asile. Mais, outre qu'il est appelé ici par confusion roi des Himyarites, les dé- tails du récit nous montrent que nous avons affaire à un conte populaire, répaddu dans d'autres littératures, et cette opinion est encore confirmée par le fabliau rap- porté au folio 94-95. La tradition {^généralement adoptée attribue à Es-Samaïda^, roi 'Amaliqa, le rôle donné ici par erreur à Loqmân. Les Benou Kerker, sous la conduite de ce prince, seraient allés s'établir sur l'emplacement de la Mekke, au moment même le puits de Zemzem venait d'être découvert par Agar, mère d'Isma'ïl, qui prit femme parmi eux. Cet Es-Samaïda', toujours d'après les tradi- tions arabes, fut tué en Palestine par Josué *.

Le nom du successeur de Loqmdn est aussi peu cer- tain que son existence ; le manuscrit de Berlin l'appelle El-Hammâl ben 'Ad, frère de Gheddâd et de Loqmân, lequel aurait atteint, comme on le voit, une longévité plus extraordinaire encore que celle de Thomme aux vautours. Ibn Khaldoun dit qu'après lui régna son fils

1. La généalogie d'Es-Sainaïda* renferme plusieurs noms bi- bliques ; il était fils de Houbar, fils de Laoui(Lévl), fils de Qaïtour (cf. Céthura), fils de Kerker, fils de Uid. Cf. Mas*oudi, Prairies dor, t. I, p. 98, 99 ; t. III, p. 92-94, 274. On a fait remarquer {op. latid., t. I, p. 398-399), l'analogie des noms de Samaïda* et de Houbar avec deux frères de la tribu de Manassé {Nombres^ XXIV, 32).

INTRODUCTION XXlll

LoqmàQ (^jLjO pour Jiù Loqaïm). Ibn *Asakir,dans son Histoire de Damasy lui donne pour fils un certain Sa*ad, dont les enfants, Djiroun et Yézid, auraient laissé leurs noms à la porte Djiroun et au fleuve Yézid. Mais cette tradition, qui se rattache probablement à Tiden- tification de Damas avec Irem aux colonnes, est combattue par Ibn Khaldoun*.

II

La légende des vautours dont les vies successives sont égales à celle de Loqmân, ne parait pas se rencontrer ailleurs dans la mythologie sémitique. Un traducteur moderne de Nabigba Dzobyâni a essayé de comparer les vautours de Loqmân au vautour [sic) qui ronge le foie de Prométhée *. Cette comparaison repose sur une erreur assez accréditée, d^ailleurs, d'après laquelle le Titan aurait eu le foie (ou le cœur) rongé par un vautour. Mais les auteurs les plus autorisés attribuent à Taigle de Zeus le rôle de bourreau. Hésiode', Eschyle*, ApoUodore', Apollonios de Rhodes*, Pausanias^, Lucien", Quintus

i. Kildh el'lber, t. Il, p. 19 et 20.

2. Hartwig Derenbourg, Le diwan de Nabigha Dhobyaniy Pari8, 1869, in-8, p. 194, note 6.

3. Théogonie, ▼. 323, éd. Kœchly, Leipzig, 1874, in-12.

4. Prométhée enchaîné, v. 1056-57.

5. Bibliothèque, 1. I, ch. vir, § 1 ; 1. If, ch. v, § 2.

6. Argonautiques, 1. II, v. 1250-1262, 1. III, v. 851, éd. Mer- kel, Leipzig, 1882, in-12.

7. Description de la Grèce, ÉUde, 1. II, 11, éd. Clavier. Paris, 1820, in-8, t. liï.

8. Prométhée ou le Caucase, § 2, 4, 8, 20 ; Dialogues des Dieux, I ; Prométhée et Zeus, § 1 ; Sw* les sacrifices, § 6.

6

XXIV INTRODUCTION

de Smyrne *, Achille Tatius *, ne mentionnent que Taigle. Eudoxia', dans le Violariurn^ confirme cette opinion par le témoignante des anciens historiens grecs : Duris de Samos, Phérécyde *, Agrœtas et Hérodore. Ces der- niers, qui partageaient les doctrines d'Evhémère, pré- tendaient qu'Aetos (l'aigle) était un fleuve dont les dé- bordements ravageaient le pays sur lequel régnait Pro- méthée, roi de Scythie. Diodore de Sicile' adopte la même explication, mais transporte la scène en Egypte : sous le règne de Prométhée, le Nil, appelé à cetle époque Aetos, déborda subitement ; Héraklès répara les digues rompues^ fit rentrer le fleuve dans son Ht, et cet événe- ment donna naissance à la légende d'après laquelle le héros aurait tué Taigle qui rongeait le foie de Prométhée*. Il en est de même des auteurs latins. Cicéron', dans une imitation du Prométhée délivré d'Eschyle, pièce

1. Poslhomerica, Leipzig, 1829, 1. X, v. 201-202.

2. Leucippe et Clitophon, 1. UI, § 8.

3. Éd. Flach, Leipzig, 1888, in- 12, cli. 774, p. 577.

4. Cité aussi par le sciioliaste d*Apollonios de Rhodes, II, 1248. 3. Bibliothèque histoHque, 1. I, ch. xix.

6. Une autre explication a été donnée de nos jours par un érudit qui a porté à l'exagération les théories d'après lesquelles tout mythe se résout en pluie d'orage ou s'explique par une aurore ou un soleil. J. G. Hahn {Sagwissenischafiliche Studien^ lena, 1876, in-8, p. 144) compare Prométhée au Loki Scandinave : c'est un nuage ; l'aigle qui le ronge est le vent de la nuit qui disparait devant le soleil levant. Pour en finir avec les étymo- logies absurdes, je citerai celle d'après laquelle le nom de Loq- màn s'expliquerait par le gaélique (!) Loch-man, l'homme du lac {Revue africaine^ 1887, p. 415), ou par le danois (î) Lok-mau, l'homme de la flamme {ibid., 1888, p. 29).

7. Tusculanes, 1. Il, § 10.

INTRODUCTJON XXV

aujourd'hui perdue, désigne clairement Taigle par le surnom de Jovis satelles ; Hygin*, le Pseudo-Hygin (Mylhographus I) », et Lactanlius Placidus (Mythogra- phus II) * disent également que Jupiter envoya un aigle ronger chaque jour le foie et le cœur de Prométhée. Le troisième mythographe * et Servius', qui s'accordent avec les témoignages précédemment cités, expliquent cette fable en disant que Prométhée, sur le Caucase, il s'occupait d'astronomie, science qu'il enseigna le pre- mier aux Assyriens, avait le cœur rongé par les soucis que lui causait l'étude des mouvements des corps célestes. Quelques écrivains seulement, les moins connus et les moins autorisés, ont substitué le vautour à l'aigle, confondant le supplice de Tityus et celui de Prométhée •. Yalérius Fiaccus, dans ses Argonautiques, est en con- tradiction avec Topinion généralement reçue'. Cléanthe,

1. Fabulx ap. van Staveren, Auctores mythographici latinij Leyde, 1742, iii-4, ch. uv, p. 119 et ch. cxliv, p. 252; Poeticon astvonomicon, ibid., p. 456.

2. Ap. Bode, Scriptores rerum mylfiicarumj CeUls, 1834, in-4, 1. 1, ch. I.

3. Ibid., n- 64.

4. Ibid., ch. X, § 10.

5. Commentaire, éd. Thilo et Hageo, Leipzig, 1881-87, 3 v. in-8, t. 111, fasc. 7, p. 72.

6. Les vers célèbres de Virgile (Enéide, VI, 597) :

Rostroque immanis vuUur obunco Immortale jecur tundens, fecundaque pœnis Viscera, etc.

qu*on a souvent appliqués à Prométhée, décrivent en réalité le suppUce de Tityus.

7. Ed. Caussin de Perceval, Paris, 1836, in-8, 1. IV, v. 68-69.

XXVI INTRODUCTION

dans le troisième livre de la Théomachiey cité par le Pseudo-Plutarque *, raconte à ce propos une légende qui ne se trouve que chez lui. Dans la guerre entre Kronos et Zeus, Prométhée, allié du premier, aurait tué un berger du nom de Caucasus, inspecté ses entrailles et annoncé le triomphe de Zeus. Celui-ci, en effet, après avoir précipité son père dans le Tartare, attacha Promé- thée sur le Caucase, ainsi nommé de sa victime, et Taban- donna à un vautour qui lui rongeait les entrailles. Un autre écrivain aussi obscur, Nicagoras, faisait de ce vautour le symbole du souci qui ronge le cœur humain ; de même un fragment attribué à Pétrone et cité, comme l'auteur précédent, par Fulgence *.

On voit qu'il n'y a aucun rapport entre la légende de Prométhée et celle de Loqmân : le fond du récit n'a rien de commun : le Titan est puni par les dieux, le héros adite est, au contraire, l'objet de leur faveur; dans le premier récit, il s'agit d'un aigle, dans le second, de plusieurs vautours ; le premier